Rencontre avec un Inventeur
Notre journée d’exploration à Thiès nous mène à la rencontre de Mr. Baila Ndiaye, bricoleur de renom, connu jusqu’à Dakar par de nombreux amateurs de mécanique et de prouesses techniques.
Premier contact, on entend un énorme ronflement dans la rue: c’est Baila et son apprenti qui viennent à notre rencontre à bord de «Sindiely 1.0» une voiture de course construite de toutes pièces sur la base d’un moteur de moto – récupéré à la police de la ville. Le châssis est entièrement fait à partir d’éléments de récupération, la fabrication, la mécanique et l’assemblage ont été réalisés ici à Thiès par Baila, c’est une authentique production du terroir.
Chimiste de formation, Baila Ndiaye s’est établi à Thiès après un long séjour à Mulhouse, où il tenait un business de réparation d’appareils électroniques. Passionné par la mécanique et bricoleur de génie, il se consacre depuis quelques années à son activité favorite: concevoir et fabriquer des machines. Baila déborde d’idées et de projets: dans les tiroirs, un ULM (Sakiliba), un tricycle à moteur (Khanedalou) et un tracteur agricole (Goorgoorlou). A Thiès, tout le monde le connaît: il n’a pas d’atelier, et travaille à droite à gauche, tantôt au Lycée Technique, tantôt au centre de formation CFPT où il nous emmène, pour une petite visite. Nous y rencontrons quelques membres de l’équipe pédagogique, qui acceptent de nous faire visiter les lieux et de nous raconter l’histoire du centre. Si les locaux sont ici vastes (plusieurs hangars et salles de cours), le matériel du centre date en majeure partie de l’époque coloniale: « cette perceuse doit avoir l’âge de mon père » blague Baila Ndiaye. Avec ces machines anciennes mais robustes, les étudiants apprennent différents corps de métier touchant à la mécanique (automobile entre autre).
Un enseignant nous montre des démonstrateurs qu’il a conçu pour expliquer à ses élèves le principe d’un moteur à injection. Apprendre en faisant semble être ici une évidence. Le Centre est une ressource pour la ville, et donne des débouchés à de nombreux jeunes: la seule chose qui manque, c’est plus de moyens nous dit-on. Un pôle informatique est en train de se développer. On parle fabrication numérique pour la robotique et l’électronique: ces machines intéressent nos interlocuteurs mais deux questions se posent: l’échelle des objets produits (et leur solidité) et l’approvisionnement en matériaux de base. Un grand nombre des exercices est ici basé sur la réutilisation et la juste combinaison de pièces détachées: on nous montre une voiture à trois roues, «pour le test».
Dans sa pratique, Baila Ndiaye tente en effet d’utiliser un maximum de matériel de récupération, afin de prouver qu’il est possible de produire une voiture locale, adaptée aux besoins sénégalais, et à bas prix. Ce pied de nez aux grands industriels, Baila le réalise par passion et par conviction: « pour ce qui est des machines, c’est comme si je disposais d’un savoir hérité de mes ancêtres, c’est inné… ». Pour lui le partage des connaissances est indispensable pour encourager l’esprit d’initiative et d’entreprise ici. La présence d’une personnalité aussi inspirante est très positive pour le Centre: l’un des formateurs nous dit que Baila a apporté des solutions et de l’inventivité dans la pratique de la mécanique, et qu’il encourage les jeunes à se lancer dans des projets ambitieux. Ici un projet de FabLab prend un autre sens, celui d’inventer et de fabriquer des machines sur mesure pour les nouvelles industries locales. Le prochain projet de Baila Ndiaye est un petit avion, on attend impatiemment de ses nouvelles…











Reblogged this on maremdouk.